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Le volontourisme : bonne ou mauvaise idée ?

Le volontourisme est un tourisme qui se mêle au volontariat, lors de leur séjour, les voyageurs offrent leurs services afin d’aider et protéger les communautés et l'environnement locales. Le concept est donc alléchant : partir dans un pays étranger et combiner ses visites à des actions en faveur des populations et des écosystèmes locaux. Ces voyages sont effectués par des voyageurs remplis de bonnes intentions, voulant donner du sens à leurs vacances. Pourtant, cette forme de tourisme peut parfois être considérée comme l’industrie de l’humanitaire et elle ne fait pas toujours l’unanimité, pourquoi ? 

Illusion ou véritable bonne action, qu’en est-il vraiment du volontourisme ?

 

La face cachée du volontourisme

Un volontouriste est toujours chargé de bonnes intentions. Cependant, celles-ci peuvent malheureusement vite être détournées. En effet, si certains organismes apportent de véritables solutions, le profit derrière ce marché grandissant n’attire pas seulement des ONG bienveillantes proposant des projets ayant une valeur ajoutée avérée pour les populations locales. C’est pourquoi lors de certains voyages, notre expérience, que nous voulons authentique et porteuse d’un message d’entraide, profitera avant tout à des personnes intéressées par le profit et non aux communautés locales que nous pensons aider.

Comment identifier le voyage porteur de sens et d'engagement des autres ? 

Pour s'inscrire à un voyage en tant que "volontouriste", nous n’avons pas besoin de fournir un curriculum vitae, d’avoir des compétences particulières, ou de l’expérience dans le domaine dans lequel nous allons intervenir. On ne nous demande pas non plus notre casier judiciaire. Tout le monde peut devenir volontouriste et agir. Ceci, dans un sens, est une bonne chose : tout le monde peut s'engager à travers ses voyages. Cependant, les activités à réaliser nécessitent souvent de l’expertise. En effet, ce sont souvent des travaux manuels ou en relation avec des enfants. Confierions-nous nos enfants à un inconnu sans connaitre son expérience et sans connaitre son passé ? Voudrions-nous de quelqu’un d’inexpérimenté pour construire notre système d’arrivée d’eau ? Personnellement, je ne voudrais même pas de moi pour monter un meuble en kit !

Un documentaire d’Envoyé spécial (lien en fin d’article), où deux journalistes se font passer pour des volontouristes au Cambodge, amène une réflexion intéressante sur le sujet. Choisissant leurs activités à la carte et au prix, ils décident d’y construire des filtres à eau et d’enseigner l’anglais à des enfants avec d’autres volontaires. Actions basées sur l’accès aux ressources et l’éducation, ce sont ici, deux activités impactantes. Lors d’une séance de cours cependant, les enfants deviennent ingérables et une volontaire suisse dit alors une phrase marquante : « On n’est pas des enseignantes nous », en parlant d’elle et de sa collègue. La question se pose alors de savoir quels bénéfices tirent les enfants de cet « enseignement » alors que nos deux volontaires pratiquent une activité pour laquelle elles n’ont, selon elles, ni la formation ni les compétences. Pourraient-elles exercer cette activité dans leur pays ? De plus, les quelques jours d’activité des volontaires, même très compétents, permettent-ils un bon suivi et une bonne éducation des enfants ?

Plus tard, lors de la visite des villages alentours, nos deux reporters se rendent compte que les pompes à eaux construites par d’anciens volontaires quelques semaines auparavant ne fonctionnent plus. Ils questionnent alors la propriétaire de l’une d’entre elles qui souligne alors leur incapacité à les réparer. Les locaux se retrouvent donc avec du matériel inutilisable et demandeur d’espace. Pourtant, chaque touriste volontaire pense sincèrement avoir contribuer fortement au bien-être des populations locales. Aucun d’entre eux ne voit la véritable finalité des installations et rentre chez lui, un sentiment d’accomplissement dans la valise. 

 

Le volontourisme, vers l’action à long termes.

L’intérêt principal de cette forme de tourisme est d’aider les populations des pays qui en ont besoin. Pour cela, une réflexion à long terme est nécessaire. En apportant notre aide, nous voulons participer au développement du pays que nous visitons, que ce soit par l’éducation ou la création de biens et de services. La construction d’une pompe à eau, par exemple, peut en effet s'avérer primordiale dans certaines villes du monde afin que les populations aient accès à cette ressource essentielle qu’est l’eau. Cependant, si on reprend le cas de notre documentaire, qu’arrive-t-il quand elle ne fonctionne plus ?

Une solution serait que la construction de la pompe se soit effectuée avec les populations locales plutôt que pour elles. Ainsi, les habitants pourront apprendre les méthodes et techniques nécessaires qui leur permettront de réparer eux-mêmes le matériel en cas de problème. Cela leur permettrait, dans un futur plus ou moins proche, de ne plus dépendre des actions humanitaires. Le pays pourrait alors se servir de ces nouveaux savoirs pour continuer son développement. Certaines entreprises ou ONG, telles que l'agence de voyage DoubleSens ou l’UNESCO mettent déjà en place des activités comme celles-ci.

Les effets positifs à long terme sont une chose mais il existe d'autres critères sur lesquels nous pouvons nous baser afin de choisir une activité de volontourisme. 

  • Les projets volontouristes doivent être tournés en priorité vers les besoins des communautés locales. Leur bien-être doit passer avant celui des touristes et de l'entreprise qui organise le voyage. En effet, ils sont présents pour les aider avant tout. Les locaux doivent aussi être au courant de l’action qui se déroule et de l’impact que le projet aura pour eux. Ainsi, ils pourront échanger avec les volontaires et partager leur avis quant aux changements sur leur quotidien, leur culture et leur mode de vie, qui en découleront.
  • Les projets auxquels vous voulez participer concernent des actions à longs termes, durables et pertinentes. Ce critère peut être difficile à évaluer. Une astuce : assurez-vous de la régularité et de la durabilité de l’action. Par exemple, donner des cours à des enfants est une bonne action, mais s’ils changent d’enseignant toutes les semaines, il n'y aura aucune régularité dans leur enseignement et ils ne bénéficieront donc pas pleinement des apports éducatifs. Pour y remédier, des actions de longue durée sont alors à privilégier (plusieurs mois) voire des actions d’aide aux professeurs qui sont sur place.
  • Un volontaire doit avant tout être sélectionné et pas seulement par l’argent. Malheureusement, personne n'a la science infuse et il y a certaines tâches pour lesquels nous sommes doués et d'autres pour lesquels nous le sommes moins. Choisissez alors une activité pour laquelle vous avez une réelle plus-value. D'ailleurs, certains organismes vous demanderont des attestations comme, par exemple, un casier judiciaire vierge ou des preuves d’expériences passées. Cela permet, notamment, d’éviter à des personnes mal attentionnées de pratiquer le volontourisme. Cependant, attention à ne pas servir de main d’œuvre gratuite sur place : cela remplacerait alors des emplois.
  • Un volontaire doit aussi pouvoir suivre l’évolution du projet qu’il a entrepris après sa venue. Cela passe par la prise de nouvelles des personnes que nous avons aidées, des bâtiments que nous avons construits, etc. Tout ceci permet d'attester de l’utilité de l'action entreprise et des bénéfices que les communautés locales en auront tiré. Grâce à cela, la boucle est bouclée et nous pouvons être sûrs du choix que nous avons effectué.

 

Comment faire du volontourisme ?

Le volontourisme est une forme de tourisme alternatif offrant la possibilité aux voyageurs qui le souhaitent de venir en aide aux populations dans le besoin. Avant de choisir votre séjour, posez-vous les bonnes questions et assurez-vous de distinguer le bon grain de l’ivraie :

  • L’organisme avec lequel je pars est-il fiable ? : Il est important de vérifier que l'organisme avec lequel vous souhaitez partir est de confiance. Assurez-vous donc qu'il s'agisse soit d'une association soit d'une organisation à but non-lucratif et qu'elle ne fait pas concurrence à un organisme local. Par ailleurs il est aussi important de vérifier avec elle que votre rôle ne remplace pas un emploi local.
  • Est-ce que je suis bien formé pour mener à bien ma mission ? : Il se peut que vous ayez des compétences clefs pour le projet mais il se peut également que vous y aller pour votre curiosité personnelle. L'organisme avec lequel vous partez propose-t-il une formation adaptée à vos missions sur place ? N'hésitez pas à vous renseigner sur son programme d'accompagnement afin de garantir votre bien-être ainsi que celui des populations locales.
  • Quel est l'impact de ma mission et qu'est-ce que je souhaite réellement apporter ? : Assurez-vous que la mission n'aura pas d'effets néfastes sur les populations et que les actions auront un impact positif à long terme.
  • Les personnes vulnérables sont-elles impliquées dans mon projet ? : Si le projet auquel vous vous voulez participer consiste à travailler avec des personnes vulnérables (les enfants, les personnes en situation de handicap, les personnes atteintes de maladie, etc.), il est nécessaire d'avoir des compétences spécifiques pour ce type de volontariat. Si vous avez des doutes sur votre valeur ajoutée à long termes pour ces populations, n'hésitez pas à vous réorienter vers une mission plus adaptée à vos forces et compétences.
  • Est-il réellement nécessaire de partir à l'étranger ? : On n'y pense pas toujours, mais les actes de solidarité ne sont pas uniquement nécessaires hors frontières. En France, il existe des centaines d'associations qui ont besoin de bénévoles motivés. La Croix Rouge, les Restos du Cœur, Action contre la faim sont de bons exemples, et ils sont présents dans toutes les villes françaises. Par ailleurs, il existe aussi des organisations humanitaires comme Première Urgence Internationale qui cherchent des bénévoles, soit pour sensibiliser le public, soit pour aider les familles migrantes en France. 

Si vous vous êtes posées toutes les bonnes questions, il ne vous reste plus qu'à partir en ayant la garantie que votre engagement rendra votre voyage inoubliable. 

 

 

 

Sources :

Définition du volontourisme (en anglais) : https://www.collinsdictionary.com/dictionary/english/voluntourism

France Info, Avec les meilleures intentions du monde, mis à jour le 26 mai 2017 : https://www.francetvinfo.fr/monde/video-envoye-special-avec-les-meilleures-intentions-du-monde_2074165.html [Consulté le 17 janvier 2022]

Welcome to the jungle, Le « volontourisme » : fausse bonne action, vrai impact négatif ?, publié le 9 septembre 2021 : https://www.welcometothejungle.com/fr/articles/volontourisme-volontariat-tourisme-entreprise-etranger [Consulté le 17 janvier 2022]

Site de France Volontaires : https://www.france-volontaires.org/avant-le-volontariat/attention-au-volontourisme/ 

Blog Carnet de Bord – humanitaire : https://cdb-humanitaire.fr/volontourisme/ 

Site de Planeterra : https://planeterra.org/